illustration composition visuelle de design

 

AVERTISSEMENT

Cet article est très dense. Je vous conseille de le lire en trois fois et de faire des pauses entre chaque partie. Mis à part, bonne journée et bonne lecture !

Toute œuvre a une composition quelconque et pour aider les concepteurs à atteindre cet objectif, le design visuel considère une variété de principes comme la position, l’aspect, et la relation de chaque élément graphique. À ces règles se joignent les spécificités de chaque format. Entre une affiche de spectacle et un livret de saison, les codes ne sont pas les mêmes, puisque l’objectif et l’usage de ces supports sont différents.

Toutes les règles de design s’adaptent selon la quantité d’informations à présenter et les besoins de sa cible. Par exemple, une affiche doit être simple et attrayante ; on attend qu’elle soit efficace, perçue et comprise rapidement par le public.

De même un support papier (qu’on appellera « print ») ne répond pas aux mêmes obligations qu’un support numérique. Chaque genre est différent, (avec plus ou moins de réussite), alors avant de vous lancer à cœur perdu sur votre format, étudiez et recherchez les univers et chartes graphiques qui vous correspondent.

Transmettre des notions en composition est une œuvre bien lourde pour un simple article. Ne prenez pas tout au pied de la lettre, si les règles et contraintes sont des aides à la création, il est bon de les transgresser pour suivre son inspiration. Le sujet est vaste, nous emprunterons ici des techniques issues de la photographie, du dessin et de la peinture. Et pour conclure, je vous laisse le soin de méditer cette citation avant de commencer notre étude 😎

Gaston BACHELARD - philosophe français

On ne pourra bien dessiner le simple qu’après une étude approfondie du complexe.

 

 

QUATRE PRINCIPES DE BASES

Les avis divergent quant au nombre exact de principes mais peu importe, on en revient toujours aux mêmes fondamentaux. Toutefois n’avilissez pas votre esprit créatif en lui imposant à tout prix des obligations, laissez-vous plutôt guider par votre intuition.

Prendre conscience de ces différents principes est utile pour sensibiliser votre regard à la mise en page ; une fois cette maitrise acquise, il sera plus simple de jouer avec les codes.

 

1. Choisissez un sujet

Prenons comme point de départ une feuille blanche. Selon votre format, c’est ce cadre qui viendra accueillir chacun de vos objets graphiques : textes, photos, illustrations, icones, figures géométriques, logos, etc. Soit vos éléments sont indépendants, soit ils constituent un ou plusieurs ensembles.

En règle générale, trois données interviennent dans un processus de création graphique :

  • Le message – Souvent à caractère informatif, il définit un contexte et suscite l’attention.
  • L’émotion recherchée – Par des choix de composition, de couleur et d’agencement, vos visuels ont leur propre histoire et personnalité (traditionnel, contemporain, mystérieux, drôle, énergique…)
  • Les contraintes éventuelles – Votre création s’intègre dans un secteur précis et s’adresse à un public déterminé. Ses lieux d’affichage, de diffusion, vos partenaires peuvent vous imposer des obligations graphiques et de contenus.

 

N’ayez pas peur de faire simple, faîtes des choix, et présentez une seule idée directrice. Certains éléments sont indispensables et d’autres sont accessoires. Ne recherchez pas des effets graphiques mirobolants et évitez de charger votre mise en page. Moins vous êtes à l’aise en graphisme et plus vous devez tendre vers une certaine simplicité.

Il est en fait beaucoup plus commode de partir d’une idée fixe, qui pose un cadre et définit un sujet prédominant, pour ensuite l’enrichir au fur et à mesure. À partir de cette idée et de vos choix esthétiques, vous commencerez naturellement à structurer votre composition.

 

clap de main festival

On reprend un des éléments symboliques du théâtre (le claquement de mains), auquel on rajoute une forme d’étoile pour en signifier le geste ; le tout bercé dans une ambiance pop. Le projet complet ici.

 

Posez votre réflexion ainsi : Qu’est-ce qui devrait être omis de ma création qui ne remplit pas la fonction désirée ? Ou pour sous-entendre un principe de design : « la forme est soumise à la fonction ». En clair, faîtes place à l’essentiel en adaptant le décor qui l’entoure. Chaque partie de votre projet doit être reliée à l’ensemble d’une façon ou d’une autre. Votre visuel doit suggérer une impression d’unité et d’harmonie.

 

Attention l’esthétisme et le beau, même subjectifs, restent nécessaires. N’arborez pas la simplicité comme étendard suprême, mais faîtes uniquement la distinction entre des éléments graphiques « primordiaux » et d’autres « accessoires ».

 

Prolongez votre réflexion par cette autre question : Quelle est la première information que mon public ciblé doit voir ? On appelle cette démarche « l’emphase ». Chaque design doit incorporer un élément clé connu comme un « point central ». À l’inverse si aucun élément ne domine, ils entrent en concurrence : votre visuel demande alors un effort de concentration, ce qui est perçu comme une corvée. Pas cool.

Réfléchissez à ces détails importants et laissez votre cerveau organiser l’information. Pensez à la relation de vos éléments graphiques les uns envers les autres et établissez une hiérarchie. Ordonnez vos idées à l’image d’un podium : un objet prédominant, un dominant et un subordonné. Le chiffre trois est souvent le bon compagnon de route d’un design réussi : il régit le nombre, le placement et la proportion de vos éléments.

 

The Rule of Odds

Traduite de l’anglais comme « La règle des Impairs », raisonnez en chiffres impairs, le plus souvent par trois. Ils forment naturellement un espace central qui permet de renforcer votre motif au lieu d’en détourner le regard. Suivant vos agencements, vous pouvez également structurer votre composition selon des triangles. Qu’ils soient visibles ou invisibles, s’ils sont équilibrés (avec deux ou trois côtés de même longueur), ils apportent de l’ordre à l’intérieur d’une image.

 

2. Donnez du rythme

Certes la notion de rythme est ici moins évidente qu’en théâtre, danse, ou musique. Pourtant, en associant des objets graphiques entre eux vous créez de facto des arrangements rythmiques qui viendront guider le mouvement des yeux.

Une composition rythmée se caractérise par son ordre et par sa prévisibilité. La répétition est l’une des mécaniques les plus courantes pour retrouver ces sensations. La symétrie ou l’illusion du mouvement remplissent aussi ce rôle.

Le rythme sert à unifier et à renforcer un design. Il appelle également à la rupture, qui casse votre composition pour en faire ressortir le sujet principal. De plus, la répétition provoque naturellement une structure équilibrée : vous pouvez construire une grille qui servira de cadre.

Un rythme graphique repose sur des variations qui évoquent des sensations très différentes. Par exemple, une répétition régulière peut amener un effet monotone, tandis qu’au contraire une variation aléatoire figure un milieu plus chaotique. Lorsque les formes et les couleurs d’une image se répètent de manière ordonnée elles créent des « motifs ».

 

Le damier de losange amène un effet symétrique et une variation rythmique très « plate » tout en étant un rappel au costume d’arlequin. Ce dernier se « cache », évoquant son allure facétieuse, et créant une rupture à l’intérieur du motif. La seconde affiche est plus chaotique, jouant du mouvement et de la perspective, mais en gardant une belle unité entre chaque éléments.

 

3. Échelle et équilibre des masses

Un seul objet, peu importe sa taille, n’a aucune échelle, sauf s’il est mis en comparaison avec un autre. Plus le rapport d’échelle est conséquent et plus l’accent mis sur votre sujet est important.

 

Les polices d’écritures sont un atout formidable pour jouer de ce principe. La taille des caractères, l’usage d’ombres, de graisses ou d’autre styles vont permettre de hiérarchiser les informations et d’attirer l’attention sur votre message central.

 

L’équilibre à l’intérieur d’un cadre est une notion capitale. De taille, de volume et d’aspect différents, vous devez répartir vos objets graphiques de façon harmonieuse. C’est ce que l’on appelle « l’équilibre des masses ».

À l’image d’une balance l’équilibre s’obtient facilement dans une composition symétrique. On en distingue trois types :

  • L’axe horizontal, vertical ou diagonal
  • L’axe radial
  • L’asymétrie

Différentes symétries pour différentes émotions.

 

Malgré tout, la symétrie n’est pas un outil impératif. Le regard se désintéresse facilement d’une composition trop sage ou qui manque de diversité. La couleur, la teinte, ou la perspective sont d’autres solutions possibles. Vous pouvez aussi isoler ou regrouper les masses entres elles.

Au fond, tous vos éléments sont susceptibles d’ancrer le regard et de devenir un point central. Tout l’enjeu est donc d’égaliser l’impact visuel de chacun en combinant harmonieusement distances, lignes, textures, couleurs et formes. Estimez surtout le « poids visuel » de chaque objet pour déterminer un « contrepoids » ; vous mettrez ainsi en en valeur votre sujet principal et éviterez de déséquilibrer votre composition.

 

4. Laissez du vide et apportez du contraste

Ces deux notions découlent de la précédente. L’une des façons les plus simple d’apporter cohérence et lisibilité à vos visuels est de laisser respirer votre sujet. Une bonne composition exige un équilibre entre l’espace utilisé et l’espace vacant.

Amusez-vous avec l’espace négatif. Il est défini comme l’espace neutre laissé « vide » autour de votre sujet. Les éléments mis en scène définissent l’espace positif, et par opposition, les autres parties sont considérées comme l’espace négatif.

 

Le sujet (le crane et le bras) en espace positif et l’arrière-plan en espace négatif.

 

Enfin, relevez votre composition avec du contraste. Il crée des oppositions, des espaces entre vos éléments. Il aide à l’emphase de votre sujet principal et attire l’attention. Plusieurs combinaisons sont possibles :

  • La taille – Variez les proportions tout en veillant à l’équilibre de l’ensemble. Plus un élément est grand et plus il domine au détriment des masses les plus petites.
  • La couleur – Pensez à respecter une certaine harmonie entre vos différentes nuances. Les couleurs chaudes ont en général plus de poids que les couleurs froides.
  • La texture – Apportez du relief par des effets rugueux, lisses, crayonnés… Jouez de la 3D ou de l’isométrie pour gagner en contraste visuel.
  • La forme – Opposez formes rondes et formes anguleuses. Tranchez entre des figures géométriques et d’autres plus naturelles.
  • La teinte – Les éléments foncés prennent plus de place que les éléments clairs. Amusez-vous avec des effets d’ombres et de lumières.

 

À RETENIR :

Faisons une synthèse et imaginons le design comme une recette de cuisine. 

  1. Vous trouvez au départ une liste d’ingrédients que sont vos divers éléments graphiques : images, formes, photographies, polices d’écritures, etc. Tous possèdent différentes propriétés : taille, volume, couleur, teinte et texture.
  2. Pour mélanger et transformer ces condiments entre eux vous disposez de plusieurs techniques : la répétition, le mouvement, la symétrie, la dominance, la hiérarchie, l’espace et le contraste.
  3. Dosez les proportions avec finesse et ajoutez quelques épices pour donner teneur et personnalité à votre plat. Apportez-y une subtile dose de folie et de créativité.

Vous cherchez à travers cette recette à raconter une histoire, transmettre une émotion et un message. Elle vous représente, vous savez qui goûtera votre plat, et dans quel lieu et contexte il sera servi. Vous tenez à obtenir un résultat simple, équilibré, rythmé et cohérent. Chaque ingrédient contribue à l’ensemble et à l’unité de votre réalisation.

Il ne vous reste qu’une étape, celle du dressage. À vous de choisir votre assiette, le cadre dans lequel s’insérera votre création.  C’est l’heure d’utiliser des lignes et des grilles pour aligner harmonieusement toutes vos préparations.

 

 

 

UNE AFFAIRE DE GRILLES ET DE LIGNES

 

La grille est un outil fondamental. Elle s’utilise dans plusieurs domaines, y compris en théâtre lorsqu’on évoque les fameuses « lignes du plateau ». Quelque part c’est une aide à la mise en scène de vos éléments graphiques et son application est presque systématique.

Pour commencer, prenez un support et imaginez un quadrillage invisible qui viendrait se superposer dessus. Vous découpez le cadre dans sa largeur et sa hauteur, en plusieurs parties égales, séparées par des espaces verticaux. Vous créez ainsi des colonnes et des zones proportionnelles entre elles, tout en gagnant en clarté et récurrence.

 

Les espaces entre chaque colonne sont appelés des « gouttières » ; laissées vides elles segmentent l’information et font respirer la page.

 

À l’aide de ce calque, vous pouvez aligner et structurer votre contenu. Chaque élément à une place donnée qu’il est possible de reproduire ailleurs. De fait, l’usage de grilles se reconnait souvent dans la conception d’interfaces web ou de livrets, journaux, dossiers, etc.. Si vous travaillez en équipe, elle fonctionne aussi comme une charte où chacun doit en respecter les mêmes rapports (position, taille, espace, etc..)

La grille fonctionne également comme une base rythmique. Elle définit un ordre, une trame cyclique qui soutient l’ensemble de la structure. Elle se divise proportionnellement, se marque ou ne se marque pas, se fusionne, se rompt, etc.. Légende et image trouvées sur le formidable site Nun Design.

 

Différents types de grilles sont possibles selon votre format et support utilisé. Par exemple l’image présentée au-dessus s’applique surtout pour un magazine ou un journal. Un site web, un dossier de presse ou une affiche n’auront pas les mêmes grilles. L’affiche est même un support particulier puisqu’elle fonctionne comme un ensemble unique : l’ordre et le rythme amenés par la récurrence d’une grille sont ici amenuis. Si l’apparence de ces-dernières peut donc être différente, sa logique reste la même, et nous détaillerons les standards utilisés.

Dans mes créations d’affiches, de publicités, de brochures et d’expositions, la subjectivité est supprimée au profit d’une grille géométrique qui détermine l’arrangement des mots et des images. La grille est un système d’organisation qui rend le message plus facile à lire, cela vous permet d’obtenir un résultat efficace à un coût minimum. Avec une organisation arbitraire, le problème est résolu plus facilement, vite et mieux.

Josef Müller-Brockmann (1914-1996).

 

Josef Müller-Brockmann est certainement l’un des graphistes les plus influents du XXème siècle. Figure de proue du graphisme suisse, son travail est influencé par le Bauhaus et le constructivisme.

 

1. Règle des tiers et points de force

Commençons par la plus familière des grilles : c’est ce quadrillage récurrent que l’on retrouve sur nos écrans de caméras et d’appareils photos. C’est une règle de composition classique permettant d’obtenir un ensemble aux proportions harmonieuses.

Pour commencer, prenez une page et divisez-la en neuf parties égales : deux horizontalement et deux verticalement. Vous créez en même temps quatre intersections, reconnues pour leur impact visuel, et que l’on appelle des « points de force ». Ce sont eux qui attirent naturellement le regard.

 

 

Très connue des photographes, cette règle est souvent employée pour des photos de paysage. Si par habitude nous plaçons l’horizon au centre d’une photo, il est plutôt conseillé de l’aligner sur la ligne du haut (si l’on souhaite mettre en valeur la terre), ou sur la ligne du bas (si l’on souhaite mettre en valeur le ciel). Autre exemple, la ligne supérieure est souvent considérée comme « la ligne des yeux » et photographes/vidéastes y placent le regard.

 

La règle des tiers est somme toute assez simple. Son intérêt premier est d’éviter le centrage de son sujet et de proposer des compositions plus complexes. Cependant, plus vous aurez d’éléments à positionner et moins il sera facile de la respecter. Comme toujours ce n’est pas un règlement, libre à vous de l’utiliser ou non, et ce n’est pas grave si elle ne s’applique pas au millimètre. C’est un outil pratique, mais non indispensable. Par exemple, si vous souhaitez souligner une symétrie, ou montrer deux ambiances différentes, vous pouvez simplement couper votre image en deux.

 

Si vous possédez plusieurs photographies attrayantes que vous aimeriez réutiliser dans vos visuels, vous pouvez les recadrer selon la règle des tiers. Sous Photoshop, cette grille s’affiche avec le raccourci CTRL+& et vous faites glisser votre image en maintenant la touche shift enfoncée.

 

À gauche, une composition travaillée selon la règle des tiers, et à droite selon une symétrie verticale. Notez comment sur l’affiche du festival, la grille des tiers apporte de l’équilibre à l’ensemble. Le titre se situe au milieu, et la ligne supérieure vient couper harmonieusement le premier mot. Les deux formes géométriques (rondes et carrées) sont placées symétriquement. L’oiseau occupe et domine son carré tout en contrebalançant le poids visuel du titre. Notez enfin comme l’arrière plan amène plusieurs lignes qui viennent créer un sens de lecture en Z.

 

POUR ALLER UN PEU PLUS LOIN :

Nous devons l’existence du terme « règle des tiers » aux travaux du graveur John Thomas Smith, où dans son ouvrage « Remarks on Rural Scenery (1797) », il repère plusieurs structures similaires dans les tableaux de son époque.

Cette règle de composition n’est pas nouvelle et elle découle d’une grille plus ancienne construite sur les célèbres proportions du nombre d’or. Ce-dernier est défini comme un nombre irrationnel, souvent visualisé par la forme d’une spirale ou d’un rectangle. Il est réputé pour être parfait, symbole du geste divin sur la nature. Le visage de la Joconde ou encore la grande pyramide de Khéops sont un exemple de ces  proportions « divines ».

On l’évoque en d’autres termes comme la suite de Fibonacci, ou pour ce qui nous intéresse, la grille de Phi (φ). Notez que le tracé des lignes diffère de la règle des tiers.

Mais ce ratio demande plus de travail et de calcul, là où la règle des tiers est plus simple à appliquer. Si d’aventure vous cherchez tout de même à l’utiliser, commencez par placer votre sujet au départ d’un point fort. C’est votre premier carré et il se répétera de façon crescendo, vous permettant d’y intégrer des éléments plus volumineux, pour en définitive créer et suivre cette « spirale d’or ».

Encore une fois, plusieurs logiciels de retouche disposent de cette fonctionnalité. Voyez comment sur cette photographie les éléments se succèdent en crescendo : l’homme, le banc, la rue, l’arbre puis le ciel.

 

2. La méthode diagonale

Cousine de la règle des tiers, la méthode diagonale stipule que notre attention circule sur les quatre lignes bissectrices d’un carré. Vos éléments doivent se situer sur ces lignes, mais peu importe leur position exacte, puisque les points d’intersections n’ont pas de valeur supérieure. On repère les deux carrés sur l’image suivante :

 

 

À dire vrai, cette méthode n’est pas très courante. Elle fut déduite de façon assez subjective par le photographe Edwin Westhoff en 2006, qui démontre sa théorie en pléthore d’exemples sur son site Internet.

Pour autant, on retrouve une règle très similaire en peinture : le « rectangle de rabattement », consistant à rabattre le petit côté d’un rectangle sur son grand côté (soit vers la gauche ou soit vers la droite). Deux carrés sont formés naturellement, et ils se superposent en partie. Ce concept peut être appliqué à n’importe quel format rectangulaire. Suivant son ratio, les lignes du rectangle de rabattement et de la règle des tiers peuvent même coïncider.

 

Un exemple type du « rectangle de rabattement » sur la droite. Remarquez également l’usage de la règle des impairs et de la dominance dans la composition. © Le Peintre dans son atelier (Rembrandt)

 

3. Lignes directrices et lignes de forces

Nouvelle notion bien connue des photographes, les lignes directrices d’une image sont toutes les lignes formées naturellement par les éléments graphiques (dessinés ou photographiés). Elles correspondent soit à des lignes visibles (un chemin, une voie de chemin de fer, les nervures d’un bois…), soit à des lignes invisibles suggérées par le contexte (le regard, la direction d’un mouvement, la répétition d’un objet…). Toutes ces lignes imaginaires sont perçues plus ou moins consciemment, et leur inclination (horizontale, verticale, oblique…) apporte différents effets de rythme.

Si vous utilisez des photographies sur vos supports de communication, prêtez attention à l’existence de ces lignes. Elles viennent accrocher le regard, à vous de vous en servir pour l’emmener jusqu’au sujet principal de votre composition. Vos éléments doivent jouer ensemble et tendre vers un but commun. Évitez donc, à moins que ce ne soit intentionnel, de faire sortir le regard du cadre.

Dernière astuce de composition liée à la photographie : laissez de l’espace au regard et au mouvement. Lorsqu’un sujet se déplace, ou qu’un regard suit une direction, vous créez de fortes lignes directrices. Idéalement, laissez donc de l’espace aux 2/3 tiers de l’image.

 

 

Quant aux lignes de force, elles ont pour objectif de stabiliser votre composition tout en mettant en avant les éléments importants. Celles issues de la règle des tiers, des diagonales ou de la grille de Phi sont considérées comme des lignes de forces par défaut, mais vous pouvez aussi les tracer arbitrairement sur votre page. Elles ajoutent du dynamisme à votre mise en page.

 

 

4. Sens de lecture

Sachez que notre œil est attiré par certains sujets avant d’autres. En règle générale, les figures humaines ou animales captent en premier notre intérêt avant des figures plus mobiles ou inanimées (mobiliers, végétaux, bâtiments…)

De plus notre regard occidental est habitué à un type de lecture : de gauche à droite et de haut en bas. Nos yeux ont donc tendance à se poser en premier sur le coin supérieur gauche, puis à effectuer une trajectoire en « Z », jusqu’à finir dans le coin inférieur droit.

Structurez votre composition selon ce sens de lecture ; vous faciliterez la compréhension de vos visuels.

 

 

Autre chemin bien connu, la lettre « F » est aussi possible et s’utilise souvent sur des supports numériques. Maintenant, rien ne vous empêche d’essayer toutes les lettres de l’alphabet et de tenter des arrangements en S, T, Y, U, L, etc.. Amusez-vous, et déformez votre texte au besoin.

 

5. Ajouter de la perspective

Continuons à jouer avec les lignes, en ajoutant la notion de point de fuite. Rassurez-vous, nulle ambition de devenir dessinateur, mais juste d’en saisir les mécanismes.

La perspective aide le spectateur à comprendre sa position dans l’image et à trouver son point de vue. Elle se base sur deux éléments-clé : la ligne d’horizon et le point de fuite.

  • La ligne d’horizon n’est pas toujours visible. Elle n’est pas non plus la représentation directe d’une « ligne imaginaire coupant le ciel de la terre ». Elle dépend plutôt du regard de l’observateur et détermine sa hauteur et son positionnement. Elle est la ligne à hauteur des yeux, d’où la règle : « les yeux des personnages sont à la hauteur de la ligne d’horizon ». Elle est fixe, et c’est le regard qui la positionne à sa façon. Elle n’est pas forcément parallèle à votre cadre et peut se trouver en dehors, tout comme vos points de fuite.
  • Quant à ce dernier, il est l’endroit où les lignes convergent. Il peut en exister plusieurs, mais ils sont généralement limités entre un et trois. Ils sont relativement espacés entre eux et se placent sur la ligne d’horizon. Lorsque le point de fuite est au sol, on provoque un effet de plongée ; lorsqu’il est en hauteur, une contreplongée.

Dans la pratique, si vous utilisez plusieurs lignes de forces et/ou directionnelles, cherchez leur point de fuite. Essayez de les faire tendre vers un seul et même point (situé sur une ligne d’horizon visible ou invisible) dans le but de renforcer votre composition.

Il existe autrement plusieurs façons simples d’apporter un effet de perspective :

  • Jouer sur l’épaisseur des traits. Les objets situés au premier plan ont des traits plus épais que ceux situés à l’arrière-plan.
  • Les objets lointains se confondent avec la lumière ambiante. Ils sont donc plus clairs et prennent moins la lumière. Près de nous, on verra mieux les ombres et elles seront plus marquées.
  • Plus une chose est proche de nous, plus elle est grande. Tout le reste est loin d’elle, ce qui provoque une impression de profondeur.

 

6. Le framing ou encadrement

Astuce toute bête, mais vous pouvez tracer un cadre à l’intérieur d’un autre cadre. Vous apportez ainsi de nouvelles limites qui viennent diriger l’attention.

Utilisez soit de simples formes géométriques ou amusez-vous avec vos objets graphiques. Par exemple, placer des rideaux de théâtre sur les deux côtés de votre cadre, aussi désuet ce design soit-il, contribue au moins à l’emphase de votre sujet principal.

Ce type de cadrage se pratique beaucoup chez les photographes ou vidéastes. Le viseur est déplacé jusqu’à trouver un angle de vue formant un cadre naturel avec son environnement (végétation, bâtiments, portes, ponts…). D’autres procédés plus artificiels sont possibles comme le flou, la perspective, la lumière, ou un effet vignette.

 

 

À RETENIR :

Les différents exemples proposés et notions abordées ont l’objectif d’accroitre votre capacité à identifier les codes et techniques les plus usées. Nous sommes soumis chaque jour à des dizaines de messages publicitaires ou informatifs. Accordez-vous le temps de les étudier, d’en repérer les lignes et les principes utilisés.

Toutes ces connaissances finiront par nourrir votre intuition. Développez-la en cherchant pourquoi et comment une œuvre est-elle esthétique ou impactante. Imaginez le processus de création de l’artiste, ses contraintes et ses choix.

Enfin, entrainez-vous à faire des esquisses. Armez-vous d’une gomme et d’un crayon, et agencez sur une feuille vos différents éléments graphiques. Ne les dessinez pas, faîtes des formes simples. Les premières lignes seront probablement hésitantes et vous aurez l’impression d’aller nulle part, mais peu importe, continuez. En trouvant vos lignes principales, vous atteindrez un premier équilibre dans votre composition.

 

 

 

LES LOIS DE LA GESTALT

 

1. Un peu de contexte

« Gestalt » n’a pas d’équivalent en français. C’est un dérivé de l’allemand « gestalten » signifiant l’action de mettre en forme ou de donner une structure signifiante. On doit son existence aux travaux de Christian Von Ehrenfels (philosophe autrichien, 1859-1932), qui postule que notre cerveau cherche et assemble des formes pour leur donner une signification. Le fondement de la Gestalt tient en cette phrase : « le tout est différent de la somme de ses parties ». Ou pour le dire autrement : il n’est pas possible de réduire un ensemble à la somme de ses éléments. Par « éléments », on sous-entend les différents stimuli que nous sommes en capacité de percevoir : visuels, auditifs, olfactifs, etc.

Par exemple, une mélodie n’est pas qu’une succession de notes, et l’eau est autre chose qu’une combinaison d’oxygène et d’hydrogène. Si l’on pense à un arbre, on y associe naturellement les formes d’un tronc, de branches et de feuilles, selon un certain ordre.

La théorie de la Gestalt s’applique majoritairement dans deux domaines : en psychologie et en design. Elle est également connue comme « la psychologie ou théorie de la forme ».

 

POUR ALLER PLUS LOIN :

D’après la théorie de la Gestalt, nous percevons en premier des formes globales et non des détails. C’est à notre cerveau de faire le tri, d’ordonner et de simplifier, afin de donner une structure signifiante à notre environnement. Il opère un assemblage de différents éléments, qui rend l’ensemble identifiable et compréhensible rapidement.

Par exemple, si en pleine nuit votre regard se perd à contempler la voie lactée, votre esprit travaille à organiser ces informations sous forme de groupe, jusqu’à pouvoir en dégager des formes, qu’on appellera alors des constellations. D’une forme initiale « l’étoile », et par effet d’association, on aboutit à une autre forme qui devient elle-même identifiable. Tout le monde est en mesure de regrouper mentalement des étoiles, jusqu’à trouver la forme de « la grande casserole », caractéristique de la Grande Ourse.

Pourtant ce n’est pas parce que vous associez des étoiles entre elles que vous formerez forcément des constellations. De même, additionner des mots ensemble ne donne pas un texte, et un visage n’est pas la somme de deux yeux, d’une bouche et d’un nez. C’est la place et la fonction d’un élément dans un ensemble qui permet de créer un « tout ». Pour le dire autrement, la structuration des formes ne se fait pas au hasard, et il n’est pas possible de créer un « tout » sans considérer les propriétés et relations de chaque élément les uns avec les autres.

Ce n’est pas l’addition d’éléments qui forment un tout, mais l’ordre et l’agencement qui permettent de le définir.

 

Suivant cette approche, la Gestalt énonce plusieurs principes et lois qui régissent notre perception visuelle. Elle cherche à comprendre les mécanismes qui influencent nos associations entre certaines formes. Elle s’apprend même intuitivement par l’expérience des illusions d’optiques.

 

La Gestalt se fonde sur plusieurs principes dont celui de la multi-stabilité : une forme peut avoir plusieurs états indépendants, mais notre œil n’est capable d’en percevoir qu’une seule à fois. Ici vous voyez soit le lapin, soit le canard, mais jamais les deux en même temps.

 

Là on retrouve le principe d’invariance : qu’un objet soit déformé, placé sur une autre échelle, mis en perspective, ou bien d’un style différent, il reste toujours reconnaissable et identifiable comme tel. Mais cette invariance peut être trompeuse ; croyez-le ou non, mais les deux tables sur cette image sont identiques.

 

Autre phénomène issu des lois de la Gestalt, celui de la paréidolie : notre cerveau cherche de façon presque systématique des formes connues et reconnues : visages, animaux, objets… Ce sont nos expériences passées qui nourrissent notre esprit, et l’aide à figurer ce qui nous est le plus familier.

 

Autre exemple de paréidolie, avec sa transformation graphique. Par © Keith Larsen.

 

2. Les différentes lois de la Gestalt

Ce qui suit fut déjà abordé de façon plus ou moins directe dans les autres parties de cet article. Spoiler Alert, les principes du design reposent en effet sur cette théorie. Cependant, connaitre ces différentes lois est une autre manière d’enrichir votre intuition et de cultiver votre sens de la mise en page.

En les assimilant vous pouvez améliorer la lisibilité d’un visuel ou d’une interface, voire faciliter la mémorisation d’informations, ou donner plus d’impact à vos créations. Plus vous appliquerez de lois simultanément, et plus les fonctions d’un élément deviendront claires.

 

Loi de séparation fond et forme

L’œil humain tend à percevoir et à séparer de façon instinctive l’arrière-plan (mais aussi tous les éléments de moindre importance), de son sujet principal. On identifie ce qui petit comme forme et ce qui est le plus grand comme fond. Vous pouvez renforcer ce principe par des effets de contraste et de volume, ou au contraire le réduire en atténuant les distinctions forme/fond, ou en égalisant leur taille. Notre cerveau peut être induit en erreur s’il n’y a pas suffisamment d’indices de profondeur ou de perspective.

 

Loi de la bonne forme (ou de prégnance)

Notre cerveau cherche à reconnaître des formes simples et stables qui lui sont familières. Il tente donc de percevoir des « bonnes formes » dans un groupement plus ou moins aléatoire de divers éléments. Dès lors, les formes géométriques (souvent moins complexes) ont notre préférence et la simplification des formes améliore notre compréhension.

 

On associe et identifie un objet en le comparant avec des formes qui nous sont familières. C’est un principe d’émergence.

 

Loi de proximité

Plus les éléments (textes, médias, signes graphiques, sonorités, etc..) sont proches, plus nous avons tendance à les considérer comme faisant partie d’un tout. Ainsi, différentes sections rapprochées les unes des autres sont perçues comme faisant partie d’un même groupe.

 

Loi de continuité

Des éléments proches dans l’espace ou dans le temps sont perçus dans une continuité et tendent à représenter des formes. Notre regard est encouragé à suivre ce chemin « prédéfini ».

 

Loi de similarité

Si la distance ne permet pas de les regrouper, les éléments semblables (même forme, orientation, couleur, etc..) sont perçus comme une seule unité. S’il nous est possible d’entendre une conversation dans un bar ou un restaurant, c’est grâce aux lois de continuité et de similitude.

 

Loi de destin commun

Si des mêmes éléments partagent un destin commun, c’est-à-dire s’ils se déplacent dans une direction commune ou évoluent uniformément, ils sont alors perçus comme faisant partie de la même forme.

Des objets en mouvement au sein d’un environnement statique sont perçus comme une seule entité.

 

Loi de clôture

Notre cerveau cherche à interpréter des éléments perçus comme un tout cohérent, et s’efforcera donc de combler les vides, afin de percevoir une forme dans sa totalité. Ainsi, les figures incomplètes paraissent cohérentes, puisque notre esprit en perçoit les parties manquantes. C’est un principe de réification.

Ici, les indices sont suffisants pour comprendre que cette forme partielle est un cercle.

 

Loi de symétrie

Bien que différents, les éléments symétriques sont spontanément associés en un tout cohérent et signifiant. L’axe de symétrie central et vertical est le plus impactant.

 

Étudier les lois de la Gestalt revient à mettre des mots sur des connaissances déjà acquises. Elles reflètent nos impressions et la façon dont notre regard organise et reconnait son environnement. Ce ne sont pas des règles à suivre méthodiquement, mais elles fournissent un support théorique sur lequel s’appuyer lorsque la pratique fait défaut.

 

 

Cet article fait environ 5400 mots. J’espère que cette lecture vous fut profitable, et mes félicitations pour l’avoir menée jusqu’au bout 👏 !

Vous venez de finir la deuxième partie d’un guide consacré au design graphique. Le troisième sera consacré à la création d’une identité visuelle, où seront abordés en détails les couleurs, les formes, et les polices d’écritures.

Avant de vous laisser, une dernière recommandation : ne vous fourvoyez point en imaginant qu’une méthodologie se suffit à elle-même. Le design se complait facilement dans son attitude ambivalente. D’un côté, il existe des principes, des règles et des lois, mais de l’autre, il nous engage à suivre notre intuition et à rompre avec les codes. Prenons par exemple le cas du sonnet, le respect de sa structure ne fait pas naturellement de vous un poète. De même, il existe bien d’autres façon d’écrire de la poésie : l’haïku ou la fable n’en sont que d’autres représentations. Disons qu’il n’existe ni secret ou ni algorithme ; uniquement des recommandations dont l’utilité est reconnue et qui sont d’excellentes aides à la création artistique.

 

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ÉCRIT PAR : Benjamin

Double parcours en communication et théâtre, je passe mon temps à étudier et à produire des contenus pour Parlons Théâtre. On peut se croiser à la bibliothèque, au théâtre, ou autour d’un verre.

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