« On met quoi sur l’affiche ? » est ce genre de question subsidiaire, arrivant en fin de production, où chaque avis s’exprime et se défend, avant de se résoudre au choix commode d’une photographie prise au plateau. Tantôt épatante, tantôt décevante, elle est pourtant l’une des premières représentations du spectacle, dévoilant les prémices de l’histoire. Cette mise en bouche, incitant le chaland à la contemplation avant de le conduire à l’intérieur des murs du théâtre, mérite réflexion et engagement dans le rôle qu’elle porte.

Cet article s’inscrit comme la conclusion d’une série sur le design graphique. Avant de continuer, je vous invite à la lecture des précédents chapitres et qui complètent les notions ci-après développées.

  1. Approche et contextualisation du design graphique
    Un article pour définir le design, en abordant les différents métiers, styles et méthodes qui le compose.
  2. Connaitre les règles d’une composition visuelle
    Pour y découvrir les différents principes d’une composition graphique : notions de design, usage de grilles, et lois de la Gestalt.
  3. Construire son identité visuelle
    Où est abordé la création d’une charte graphique, les différentes familles typographiques, et la symbolique des formes et des couleurs.

 

À noter que si nous nous concentrerons sur l’exemple de l’affiche, les enseignements de ces trois articles sont viables pour d’autres supports de communication : livret de saison, dossier de diffusion, visuels pour les réseaux sociaux, etc.

 

 

QUE DOIT CONTENIR UNE AFFICHE DE THÉÂTRE ?

C’est une question plus fine qu’il n’y parait, puisqu’au fond tout dépend de ce que vous jugerez comme important ou non. Et il est probable, suivant votre profil, que vous ne soyez pas le seul décideur. La hiérarchie des informations, les couleurs, la taille ou le style peuvent être fortement influencés par les impératifs du théâtre, voir d’artistes influents. Une création graphique est soumise à différentes contraintes, alors avant de vous lancer, vérifiez le cadre où s’inscrit votre visuel, et les codes qu’il doit respecter.

Il reste possible de dégager quatre groupes d’informations, à hiérarchiser selon le contexte de votre évènement. Tout ne doit pas y figurer, à vous d’y puiser l’essentiel :

  • L’identité du spectacle : nom de la pièce et nom de l’auteur ou de l’autrice
  • L’identité des producteurs et des artistes : nom de la compagnie et du théâtre, noms des acteurs et des rôles correspondants, nom du metteur en scène et des créateurs lumière/costume/son/scénographie
  • Les informations pratiques : adresse et accès du lieu, dates et heures, tarifs, réservations, numéro et mail de contact
  • Les informations secondaires : logo des partenaires, site web, réseaux sociaux, mentions légales (numéro de société, numéro de licence d’entrepreneur de spectacles, etc.)

 

FAIRE APPEL À UN GRAPHISTE/ILLUSTRATEUR

Obtenir un socle de connaissances sur le design s’avère utile pour en soulever les différentes problématiques et apports. Toutefois, à trop se contenter d’un savoir théorique, il est facile de se leurrer sur sa propre pratique. Or, c’est l’expérience et les retours qui sont le plus important. Vous pouvez être sûr, et même si vous êtes en très fier, que vos premiers visuels seront franchement pas top, voire à peine passable.

De fait, si vous êtes en mesure de choper un graphiste dans votre réseau ou par le bouche-à-oreille, n’hésitez pas, vous gagnerez votre temps. Vous pouvez aussi faire des recherches sur des groupes Facebook, ou sur des plateformes de freelancers. Bien entendu, à moins d’avoir de supers potes, c’est une méthode coûteuse. Le prix d’un graphiste dépend de son taux horaire, du nombre d’heures de travail estimées, du montant de sa cession de droits d’auteurs, et de son expérience. Mais ajoutez à cela des budgets culturels souvent très shorts pour des attentes très élevées, et il devient difficile de fournir un prix médian. Estimons 250/300€ comme prix de départ raisonnable.

Chaque graphiste a sa propre méthode travail, ses propres outils, tout comme son propre style. À vous de lui apporter un brief pour encadrer son inspiration et ses réalisations.

 

Ci-dessus, un exemple d’un processus ordinaire d’une création graphique. Le graphiste pose les différents enjeux et formule des solutions adaptées. (© Formes Vives)

 

UTILISER PHOTOSHOP OU UN ÉQUIVALENT

Chaque graphiste ou autre professionnel du design graphique aura sa propre préférence en terme d’outil de travail. À l’usage toutefois, on retrouve la prédominance de la suite Adobe avec son triptyque bien connu : Photoshop – Illustrator – InDesign.

 

Appréhender la suite Adobe

Même si complémentaires, chacun de ces outils possède ses propres particularités. Photoshop est surtout utilisé pour de la retouche photographique : corriger l’exposition, modifier les couleurs, recadrer et redresser des images, supprimer les imperfections d’une scène, etc.. Illustrator sert principalement à la création d’illustrations vectorielles (qui restent parfaitement nettes quelle que soit leur taille). Enfin, InDesign trouve son utilité pour créer et publier des documents de plusieurs pages combinant texte, illustrations et images. Par exemple, un logo se dessine sur Illustrator, auquel vous ajoutez un arrière-plan sur Photoshop, avant de l’insérer dans un dossier de présentation sur InDesign.

 

Mais tout le monde n’a pas entre 12 et 24€ à dépenser chaque mois, et il existe heureusement d’autres alternatives (application mobiles, outils en ligne, logiciels open-source…), qui certes moins reconnues professionnellement, ont l’avantage d’être gratuites.

À télécharger :

GIMP est l’une des solutions open-source les plus connues et réputées. Le logiciel est entièrement gratuit et propose peu ou prou les mêmes fonctionnalités que Photoshop. De son côté, Krita s’oriente un peu plus pour le dessin d’illustration. Si votre coup de crayon est affuté, vous serez capable d’en tirer tout son potentiel.

À utiliser en ligne :

Ces différents outils ont l’avantage d’être accessibles rapidement, pratique pour quelques retouches rapides. J’ai une préférence personnelle pour Photopea que j’utilise régulièrement pour redimensionner des images. Dans l’ensemble, ce sont des alternatives très correctes et polyvalentes.

D’autres outils sont conçus pour une prise en main simplifiée. À l’inverse d’un éditeur classique, vous êtes conduit pas-à-pas dans votre design graphique. Plusieurs formats (document A4, vignettes, couvertures Facebook…) et éléments (photos, graphiques, illustrations…) sont mis à votre disposition, vous laissant le choix de leur agencement. Cependant, leur utilisation est généralement soumise à une inscription et à diverses restrictions.

 

Ci-dessus, deux modèles préconçus trouvés sur Crello et Canva. À vous d’en modifier les couleurs et le texte, ou de chercher d’autres exemples. Mais encore, vous pouvez partir d’un support vierge au format désiré, puis glisser et déposer les éléments graphiques qui vous intéressent.

 

En définitive, vous avez deux options à votre disposition. Soit vous faîtes le choix d’un logiciel en ligne/à télécharger, mais qui nécessitera une formation de votre part ; soit vous privilégiez rapidité et facilité en utilisant des outils « glisser-déposer » au risque de perdre en autonomie. Tout dépend de vos ambitions.

Personnellement, j’ai commencé le design de mes premiers visuels sur Adobe Spark avant de m’en lasser très rapidement, pour passer ensuite à une version crackée de Photoshop. De nombreux tutoriels présents sur le site officiel d’Adobe ou sur Youtube facilitent l’apprentissage et la prise en main de ces logiciels.

 

UTILISER DES « LIBRAIRIES » EN LIGNE

Internet regorge de ressources en lignes, et si d’aventure vous recherchez un outil en ligne, l’usage d’un moteur de recherche est souvent salvateur. Que ce soit pour supprimer un arrière-plan, transformer une image à l’aide de filtres, compresser un ficher, etc.. vous trouverez chaussures à vos pieds. Dites-vous qu’en principe, il existe toujours des modèles pour vous simplifier la vie et sauvegarder votre temps. Par exemple, les sites Envato et Creative Market proposent de nombreux templates visuels, animés et audios. Ces différentes « librairies » ou « banque de données » sont nombreuses, si celles précédemment citées sont payantes, en voici une fournée gratuite.

 

Pour trouver des images HD libres de droits :

Personnellement, j’utilise en priorité Pexel, et la majorité des photos présentes sur Parlons Théâtre en proviennent. Dans l’idéal, le mieux est tout de même d’éviter ce type de photos trop usées, en concevant soit ses propres visuels, soit en ajoutant un logo ou un filtre de couleurs, pour palier à leur aspect impersonnel. Vous pouvez aussi, si votre budget vous le permet, utiliser les banques d’images d’Adobe ou de ShutterStock.

Pour trouver des icones :

Flaticon est à ma connaissance le meilleur outil dans ce domaine. Leurs licences sont gratuites pour un usage personnel et commercial, même si elles requièrent couramment une attribution d’auteur.

Pour trouver des images vectorielles :

Pour information, les différentes illustrations en doodle art de Parlons Théâtre sont issues pour la plupart de Freepik. Ces différentes plateformes sont assez génériques en proposant à la fois icônes, photos, ou autres templates, mais je les recommande surtout pour leur choix imposant et qualitatif en images vectorielles. D’ailleurs j’en profite, si vous ne savez pas ce qu’est une « image vectorielle », je vous recommande la lecture de ce court document.

Pour trouver l’inspiration :

Behance et Dribble sont les temples modernes des réalisations et portfolios graphiques. S’ils sont utiles pour y rechercher des designers de tout genre, ils sont surtout pertinents pour y dénicher des visuels créatifs et innovants. Par exemple, quelques recherches suffisent pour trouver toute la planche tendance de la saison 19-20 du théâtre des Bouffes du Nord. Dans le même esprit, Pinterest remplit avec succès le même rôle. Légèrement différente, ArtStation s’inscrit dans une autre approche, la plateforme étant nettement plus orientée vers le dessin d’illustration, bien qu’elle puisse y renfermer quelques trésors.

 

Ci-dessus, une illustration d’un théâtre abandonné trouvé sur Artstation (© Maarten Hof). On quitte le monde du graphisme pour celui des arts et du dessin. Mais bon, le site est sympa, l’illustration est cool, alors je voulais la placer quelque part.

 

ET SI JE VEUX IMPRIMER MES VISUELS ?

 

1. Définir les caractéristiques de son impression

À moins de réaliser par vous-même l’impression de vos visuels jusqu’au format A3, le mieux reste tout de même de faire appel à un imprimeur. C’est même obligatoire si vous n’avez pas d’imprimantes toner. S’il existe des solutions d’impression en ligne, il est plus sage de recourir à un imprimeur de proximité pour mieux exprimer vos attentes et vérifier la qualité de sa prestation.

 

On distingue deux principales méthodes d’impression. Soit à « jet d’encre », ce qui requiert l’usage de cartouches ; soit en « toner », qui est une encre en poudre éjectée par courant électrique. La première est plus économique, mais les toners lasers sont bien plus précises et évitent les risques de bavures.

 

Les spécificités d’une impression dépendent du format choisi et de son usage. Une affiche, qu’elle soit d’intérieur ou d’extérieur, a généralement un faible grammage papier, puisqu’elle n’est pas destinée à être touchée à la main (à la différence d’un flyer par exemple – plus le grammage est élevé, et plus la feuille sera épaisse et solide).

Son support standard est généralement en papier couché, mais il existe d’autres solutions (papier dos bleu, offset, recyclé, etc.) En extérieur, les finitions (dorures, mat, brillance…) sont rarement utilisées dans un but esthétique, mais sont utiles pour protéger le papier soumis à la pollution, la pluie, le soleil… En général, une impression classique d’affiche se fait sur du papier couché brillant 135g.

Le choix du format est assez standard. Ils sont classifiés selon leur taille par les lettres A, B, C suivi d’un chiffre. Il marque le nombre de divisions. Par exemple, le format A0 a été divisé zéro fois, et le format A8, huit fois. Ils sont présentés ici selon un rapport « largeur x longueur ». Si vous souhaitez la liste complète, consultez le site Paper Sizes.

 

Chaque format correspond à un type de produit. Les formats A6 (10,5 x 14,8 cm), ou A5 (14,8 x 21 cm) sont d’usage pour des flyers, dépliants, brochures… Les formats A4 (21 x 29,7 cm) et A3 (29,7 x 42 cm) sont parmi les plus courants en circulation : posters, plaquettes, dossiers, etc.

Certains supports demandent des dimensions très spécifiques : les affiches du métro, les colonnes Morris de Paris, les kakemonos d’inspiration chinoise, les affiches Decaux des abribus, etc.. Propre à l’évènementiel, les tickets à souche ou billets d’entrées sont également de taille variable, pouvant aller de 5 x 14 cm à 9 x 21 cm.

Il existe aussi d’autres formats et finitions uniques au monde de l’édition : le poche, le royal, le carré, différentes reliures, différents pliages de feuilles… Bref, n’hésitez pas à poser des questions à votre imprimeur, c’est son job de connaitre tout ça et de vous conseiller. Demandez-lui toujours un “Bon à tirer” afin d’être sûr du rendu de l’impression finale. Sachez enfin que les tailles et découpes peuvent légèrement varier selon les machines utilisées.

 

Pouvant être en portait, en paysage, ou plié de différentes façons, choisir son format peut devenir une étape créative, et vous pouvez y rechercher un peu d’originalité.

 

Si vous décidez d’imprimer par vous-même des flyers, tracts ou affiches, il est obligatoire d’écrire la mention « I.P.N.S – Imprimé par nos soins » sur le côté ou en bas. En revanche, la mention « Ne pas jeter sur la voie publique » n’est pas obligatoire. Sa présence permet cependant à ceux qui ont réalisé et produit le document concerné de prouver leur bonne foi en cas d’éventuelle poursuite pour non-respect de la salubrité publique (article L. 541-10-1 du Code de l’environnement & articles R. 632-1 et R. 635-8 du Code pénal).

 

2. Bien paramétrer son fichier

De préférence, commencez toujours vos visuels avec leur format définitif. Paramétrez votre gabarit aux dimensions souhaitées, et travaillez sur un mode de couleurs en CMJN (cyan, magenta, jaune, noir). Cet espace colorimétrique est nommé quadrichromie. Il est cependant difficile d’obtenir un rendu colorimétrique fidèle puisque de nombreux facteurs rentrent en jeu : blancheur du papier, calibrage de l’écran, l’éclairage ambiant, etc.

Pensez à paramétrer vos marges. Il en existe deux types en imprimerie : le « fond perdu » qui correspond à la matière qui est coupée après l’impression, et la « marge technique (ou tournante) », utile pour rattraper un décalage de coupe. À la différence du fond perdu, elle fait partie du format fini de votre imprimé, mais il est conseillé de ne pas y intégrer d’éléments. Votre imprimeur vous fournira les dimensions de ces marges, mais elles sont généralement comprises entre 1 à 5 mm.

Pour un rendu net lors de l’impression, enregistrez vos visuels en résolution 300 dpi (ou ppi), et sous un fichier PDF (haute définition) ou JPEG. Si vous travaillez sur la suite Adobe utilisez TIFF ou EPS.

 

Si vos images ne sont pas destinées à l’impression mais à un affichage numérique, le mode RVB (rouge, vert, bleu), et une résolution de 72 ppi sont suffisants. Enregistrez en .png si votre image contient du texte, ou un fond transparent. C’est le fichier idéal pour un logo. À l’inverse, pour une photographie privilégiez le format .jpg (ou .jpeg c’est la même chose). S’il supporte moins bien la compression, il est plus léger que le format PNG. Enfin, une illustration vectorielle s’enregistre en .svg (pour « Scalable Vector Graphics »).

 

Et si on oubliait le print ?

Partons faire un tour dans les rues d’Avignon, tapissées en juillet de milliers d’affiches. Si elles font partie du folklore du festival, en 2019 le président du Off, Pierre Beffeyte, a annoncé son souhait d’en supprimer l’affichage sauvage. Déchirées, traînant au sol, non recyclées, elles représentent un problème écologique. « Les affiches sont une vraie source d’injustice, car les budgets diffèrent entre compagnies. Nous préconisons 200 affiches par spectacle mais il y a des compagnies qui vont jusqu’à 2.000. À minima, ça fait un total de 300.000 affiches par festival, soit 30 tonnes, soit environ 450 arbres par festival. » Pierre Beffeytte pour l’AFP.

Vous avez désormais toutes les clés en main pour concevoir vos propres visuels ! Cet article et ses précédents ont été écrits pour vous apporter un bagage théorique en design graphique. J’espère avoir comblé vos attentes. Il vous manque à présent la technique et la maitrise d’un outil de conception. Idéalement, je ne saurais trop vous conseiller de travailler sur la suite Adobe, et d’en choper une version crackée. Mais se former par soi-même n’est pas chose aisée, et en définitive, agissez selon vos besoins et vos ressources.

Bref, que vous soyez artiste, ou le représentant d’un théâtre, d’une compagnie, d’un festival, ou autres, merci pour votre attention, et bon courage dans vos futures réalisations ! ❤️

 

Benjamin Profil édito BouletCorp

ÉCRIT PAR : Benjamin

Double parcours en communication et théâtre, je passe mon temps à étudier et à produire des contenus pour Parlons Théâtre. On peut se croiser à la bibliothèque, au théâtre, ou autour d’un verre.

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